Messe pour Pétain, une indignité nationale

Une sinistre messe à Verdun Samedi 15 novembre, la ville de Verdun a été, malgré l’indignation et l’opposition du Maire et de plusieurs habitants, le théâtre d’une cérémonie ubuesque : une messe « en hommage au Maréchal Philippe Pétain » ! « L’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain » (oui, ça existe vraiment !) et l’archevêque-évêque de Metz, à l’origine de cette pantalonnade, ont prétexté qu’il s’agissait là d’un hommage « au héros de la première guerre mondiale », et non pas de célébrer son rôle à la tête du gouvernement de Vichy, durant la guerre qui a suivi…

Revenons donc sur cette messe point par point.

Rendre hommage au Héros de la première guerre mondiale ?

Il semble nécessaire de rappeler que le rôle des maréchaux durant cette guerre était de commander les troupes et les batailles. En résumé, d’envoyer des citoyens, malgré leurs volontés, loin de leurs familles, dans des tranchées où ils subissaient la famine, le froid et le désespoir… Pour finalement devoir tuer, lorsqu’ils ne se faisaient pas eux-mêmes tuer ou mutiler sur les champs de bataille, par des « ennemis » qui, comme eux, étaient des jeunes hommes terrorisés qui ne demandaient qu’à rentrer chez eux.

Est-il vraiment anodin et pertinent de célébrer les hommes qui ont contribué à ces massacres, de les nommer des « héros », et de glorifier une guerre qui a brisé autant de vies ? Quoiqu’il en soit, cette mascarade ne s’arrête pas là !

Séparer le Pétain de la première guerre mondiale de celui de la seconde ?

Pour rappel, pendant la seconde guerre mondiale, Pétain (alors à la tête du gouvernement de Vichy) a choisi de collaborer avec l’occupant nazi. Il a organisé, entre autre, la déportation vers les camps de la mort de dizaines de milliers de citoyens. Ce qui lui vaudra, à la Libération, d’être jugé pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, et condamné à l’indignité nationale notamment, et, surtout, à la peine de mort.


Malgré les déclarations qui avaient précédé cette messe, force est de constater qu’il n’a jamais été dans leurs intentions réelles de célébrer « seulement » le Pétain de la première guerre mondiale… En effet, le doute n’est plus permis lorsque le secrétaire général du Parti pour la France, Nicolas Nups, entonne fièrement « Maréchal, nous voilà ! » devant les caméras des journalistes (ce fameux chant propagandiste de culte du chef imposé aux citoyens, durant les heures sombres du gouvernement de Vichy).
Et puis, pour être sûr qu’on ait bien compris, ce même trentenaire en rajoute une couche, en précisant, toujours aux caméras, qu’ils sont venus aujourd’hui célébrer « le grand héros des deux guerres ». Tandis que d’autres profitent qu’on leur tende le micro pour faire un peu de révisionnisme historique, et glorifier Pétain, ce criminel de guerre.

Par exemple, le président de l’association, qui déclare : « il a sauvé 700 000 juifs [… ] C’est le plus grand sauveur de la France du XXème siècle ». Comment un tel rassemblement a-t-il pu s’organiser, et surtout, se dérouler ?!

Des oppositions fermes

M. Samuel Hazard, maire de Verdun issu des divers gauche, a bien tenté d’empêcher que la ville soit souillée par cet événement pitoyable. Pour ce faire, il a demandé son interdiction pour motif de risques de troubles à l’ordre public, qui a été rejetée par le tribunal administratif…

Voyant que la messe était maintenue, il a décidé de se rendre devant l’église dans laquelle elle devait avoir lieu, espérant empêcher les nostalgiques de Vichy d’y rentrer. Aux côtés de M. Hazard, plusieurs verdunois, ainsi que des membres de syndicats et d’associations, sont venus manifester leur indignation, leur choc et leur colère face à cet hommage.

Des complicités et des soutiens

Il est donc à souligner que si cet événement a pu avoir lieu, c’est notamment grâce à la participation active de l’église catholique en la personne de l’archévêque-évêque et du diocèse de l’église où il s’est déroulé. Mais également grâce au juge du tribunal administratif. Il ne faut cependant pas oublier le soutien indirect des forces de l’ordre, qui acceptent d’encadrer cette cérémonie et d’en protéger les participants, et du préfet qui le leur demande.
En allant un peu plus loin, on peut compter les médias d’extrême droite parmi leurs complices et notamment les chaînes de Bolloré, qui, à force de propagande, participent activement à encourager et banaliser ces aberrations.
Là-dessus, les politiciens de droite et d’extrême droite n’ont rien à leur envier, à force de discours, déclarations, communication de plus en plus réactionnaires, autoritaristes, de propos polémiques et de réécriture de l’Histoire (on se rappellera, entre autre, du discours de Macron visant à réhabiliter Pétain)…

Un traitement bien différent selon la cause défendue

Comment peut-on légitimer un tel rassemblement, en France, en 2025 ? Alors que des militants écologistes par exemple, sont qualifiés de « terroristes » et délibérément blessés par les militaires sous ordres de leurs supérieurs (voir enquêtes de Libération et Mediapart sur les évènements à Sainte Soline). Ou encore, que des militants humanistes se retrouvent interdits de manifester contre le génocide à Gaza, et qualifiés, là encore, de « terroristes », mais aussi « d’antisémites », « d’islamistes »,…
Rappelons-nous également des gilets jaunes éborgnés ou amputés d’une main pour avoir osé manifester contre l’inflation.
Et maintenant, constatons cette messe à la mémoire du Maréchal Pétain, autorisée et protégée… Tout comme les rassemblements néo-nazis traditionnels du 10 mai à Paris, eux aussi autorisés, et de plus encadrés par un cordon de protection…

Un traitement bien différent, en fonction du combat mené ! Faut-il donc être facho, et porter des revendications qui le sont autant, pour être soutenus par l’État, plutôt que censurés ? Pour être protégés par les forces de l’ordre, plutôt que mutilés ?

Stop !

On pourrait rire de cette messe ridicule, si elle ne révélait pas un peu plus la dystopie et l’anéantissement sociétal dans lesquels nous nous enfonçons ! Nous ne sommes plus à l’heure où nous pouvons nous permettre de fermer les yeux, ou de nous indigner
derrière nos écrans.


Nous sommes à l’heure où nous devons agir !

Fédération anarchiste Calvados